Critiques

Critique nanar : Garfied de Peter Hewitt

Une fois n’est pas coutume, commençons une critique de navet par un compliment : les strips de Jim Davis sont un vrai chef-d’œuvre d’humour anglophone ! Problème : il s’agit bel et bien d’une BD inadaptable sur grand écran… et c’est d’autant plus inadaptable quand des producteurs ont l’effroyable idée d’en pondre une version non animée.

Pire : seul le personnage éponyme est réalisé en 3D. Certes, il aurait été impossible de trouver un vrai chat qui puisse incarner Garfield donc ça pourrait paraître une bonne idée. Sauf que ça cloche quand on voit à quel point il s’insère très mal dans l’univers « réel ». On dirait qu’il flotte sur le sol à chaque pas !

Aucune alchimie donc dans cette incrustation bâclée, et encore moins avec les autres chats du film, qui eux sont de vrais chats… qui parlent !*

Mais le gros problème, finalement, n’est pas en Garfield lui-même car au fond c’est bien le seul à rester parfois en accord avec l’œuvre originale. Pour preuve, les pâles incarnations des deux autres personnages phare de la BD : Jon et Odie. Dans cette version horrifilmique, Jon n’a rien à voir avec le pauvre beauf éternellement célibataire de la BD. Non, ici c’est une sorte de fils à papa juste très naïf, pas réellement idiot (quand même un peu !) et surtout très fade, sans aucun charisme**.

Dire que le Jon originel a du charisme peut sembler exagéré tant il s’agit d’un idiot fini mais pourtant, avouons-le : il a une personnalité incomparable, voire attachante, qui le fait sortir du lot. Quant à Odie, il n’est pas non plus ce chien décérébré qu’on aime tant. Le fait même d’avoir choisi un vrai chien enlève de la crétinerie au personnage. Et comme si ça ne suffisait pas, le film le rend même relativement doué – il sait danser en rythme sur ses pattes arrière ! Ouah ! e, on est content.

Qu’en est-il de l’histoire et du style ? Pour simplifier, c’est un peu Beethoven 7 version féline ! En clair, un film familial dans le plus pur style hollywoodien écervelé, à la standardisation extrême, donc affligeante, avec ce côté « tout-arrive-toujours-à-s’arranger-parfaitement » qui donne envie de gerber !

Plantons le décor : Garfield vit tranquillement ça vie de patachon dans la maison de son maître Jon. « C’est juste un chat pantouflard et grassouillet », conclue Liz, la sexy véto (qui, comme par hasard, possède une robe courte à mille lieues de la blouse des autres femmes du cabinet !).

Liz ? Ben c’est comme qui dirait le coup de foudre de lycéen de Jon avec qui on sait déjà qu’il finira tôt ou tard car on aura le droit à un banal happy-end US ! Et puis Liz, c’est celle qui convainc Jon d’adopter Odie (je précise que le mot « adopte » n’est pas de moi, c’est un dialogue du film). Forcément atteint du syndrome « aîné-jaloux-qui-se-sent-délaissé », notre cher chat orange*** fait tout pour se débarrasser du chien gênant.

Sauf qu’on est dans un film amerloque fourré de bonnes morales donc il veut rapidement se racheter en récupérant Odie des griffes de Happy Chapman, un méchant présentateur télé qui s’en est emparé dans un but égoïstement lucratif. Bref, même les mots « classique », « cliché » ou « téléphoné » ne suffisent pas !

Comment, déjà, peut-on croire une seconde que le Garfield dont on a l’habitude se préoccupe tant d’autres personnes que lui-même, abandonne ses répliques cinglantes et ses vannes, et se mette à jouer les super-héros ? Comment peut-on plus dénaturer une œuvre en l’adaptant dans un style si opposé au style d’origine ? On passe de l’ironie et du sarcasme de la BD à un ton acidulé et gnangnan dans son adaptation ciné. Berk !

En VO, la voix de Bill Murray passe encore (son côté flegmatique colle bien au personnage de Garfield) mais celle de Cauet dans la VF c’est une véritable torture ! On se croirait plongé dans une version longue d’un de ses sketches infâmes qui polluent sa Méthode . Du lourd, du très lourd, du beaucoup trop lourd. On redoute alors une intervention de ses acolytes habituels : Cécile de Ménibus, Niko et Cartman. En clair, de l’abruti, du pétomane, du vulgaire, du grotesque… Heureusement ça se limite juste à du Cauet soft , ce qui est déjà trop en soi !

Bon, ne nous torturons pas plus, oublions Cauet, re-switchons sur la VO pour digérer un peu mieux cette immondice cinématographique et revenons à l’incroyable intrigue pour vous faire part d’un de ces détails fabuleux qui font de ce film un vrai navet. Distillons pour cela d’excellentes répliques !

Situons d’abord : Jon vient de s’apercevoir que Garfield a disparu, un jour après qu’Odie se soit lui aussi volatilisé (« c’est à cause de moi, je suis un mauvais maître ! »), il court alors retrouver Liz car il sait qu’elle aura une excellente idée, ce qu’elle confirme avec brio : « allons au parc » ! En fait, le film est truffé de répliques ineptes de ce genre et les personnages arrivent toujours au bon endroit sans aucune logique. C’en est plus qu’énervant : ça donne presque la gerbe !

Sans parler des leçons de morale à la mords-moi-l’nœud dans la plus pure tradition « nous-sommes-américains-et-nous-avons-une-mentalité-supérieure-faites-comme-nous », des clichés cul-cul la praline à la pelle, de la présence de miss sexy-potiche Jennifer Love Hewitt (doublée par miss je-crie-sur-M6 Virginie Efira dans la VF !)… Bref tous les ingrédients normalisés d’un blockbuster de merde qu’on a déjà vu des milliards de fois – à notre grand regret ! Et dire qu’ils ont osé produire Garfield 2

Raphoufoune

* Cette tradition de faire parler les animaux dans les films US est le plus souvent insupportable et ce n’est pas cette daube qui fera figure d’exception !
** Notons que le rôle avait été proposé un temps à Jim Carrey, qui l’a refusé. Ca aurait pourtant sans doute eu un peu plus de gueule !
*** Notons que le boîtier du DVD est orange, seule véritable « originalité » de Garfield ! C’est dire le niveau quand on voit que le seul petit détail sympatoche est une idée des
distributeurs !!!


Réalisateur : Peter Hewitt
Acteurs : Dennis Rodman, Filip Nikolic, Emma Sjoberg.
Musique : Brian Tyler (t’es un chef grand).
Dir. Photo : Avi Karpick.

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