Critiques

Critique Nanar – Brocéliande


Quand on se trouve devant le premier film d’un réalisateur français, quelle est la première chose qui nous vient à l’esprit ? « Ben, c’est une
merde, comme tout le reste des productions françaises qui sortent actuellement. » Certes, mais dès lors que ce film tape sur les plates-bandes du fantastique à grands renforts de
folklore celte, le cinéphile aguerri de nanars se lèche déjà les babines en insérant le DVD de Broceliande dans son lecteur.
Sans surprise, un générique copie mollement ses prédécesseurs et nous flanque à la gueule ses pures gros plans pivotant autour d’artefacts éclairés à la torche façon Stargate
SG-1
, le tout accompagné d’une bande son qui fait honneur aux pires thèmes de Sydney Fox, l’Aventurière . Rien de surprenant jusque là …
Quant soudain s’ouvre la première séquence dans une ambiance discothèque en carton. Et là, premier dialogue du film :
Un gars, à une serveuse : Deux Adel Scott ® s’il vous plaît !
La serveuse : Ca marcheuh !
Le gars : Et vous avez des
cigarettes ?
La serveuse : Gauloiseuh ® blondeuh

Whaouh !! Deux placements de produits en 4 phrases, ça sent le film sans moyens ! Et on s’en frotte déjà les mains ! Mais sur ce coup là, on
ne va pas blâmer une énième fois les producteurs français pour leur frilosité habituelle, car difficile de concevoir qu’une personne normalement constituée mise un copeck sur un scénario
si bidon.

Avec Doug Headline, on se refuse jamais un petit placement de produit …

Car Broceliande , c’est avant tout l’histoire de son auteur-réalisateur, parigo pure souche, du nom de Doug Headline (ça se la pète comme nom),
fils de Jean-Patrick Manchette (c’est déjà moins classe), auteur de polars aux titres purs de durs ( Polar (ça c’est original !), Trois hommes à abattre …)
adaptés maintes et maintes fois à l’écran ( Pour la peau d’un flic d’Alain Delon (!), La Peur et l’Amour de Max Pecas (!!)) Bref, toujours est-il qu’un beau
jour l’ami Doug a dû se planter de sortie d’autoroute pour se retrouver dans ce qui pour lui fût un autre monde : La Bretagne …
Et là il a dû se dire : « Ouah, y a des maisons en brique, et y a de la forêt autour, et puis la nuit, il fait sombre et ça me fait peur … Faut absolument que je fasse un
film ici ! En plus, depuis que j’ai vu Crying Freeman , j’ai trop envie d’être réalisateur. » (Sur cette dernière phrase, j’invente rien, c’est un aveu fait à la
presse …)
Et voilà, une fois de plus retrouve-t-on Christophe Gans comme prêteur de vocation de réal de merde. Et oui, notre ami Doug ayant officié à Starfix (dont Gans est le patron), on peut
dire que les deux sont assez proches. Bref, ajoutez à ça sans doute deux, trois contacts à papa et le CV de notre aspirant réalisateur réussit à séduire Eric Névé (si vous échangez une
lettre de son nom, ça fait un mot rigolo.) Dommage, ça fait tâche dans la filmographie du producteur de Dobermann et Agents Secrets …
Car ici, on est bien loin de
tout film de « genre » cher à Névé. A commencer par une histoire à deux balles surfant sur la vague molle des contes et légendes sauce université. Ainsi retrouve-t-on Chloé,
une non-bretonne débarqué en fac d’archéologie de je ne sais quelle ville du pays du Porc. Heureusement, la fac c’est trop bien, en 2 plans elle s’est fait ses meilleurs amis au monde
et en plus, les profs ils t’offrent à boire. Mais bon, un soir qu’elle rentre ronde comme un queue de pelle, la pauvre Chloé se retrouve nez à nez avec un barbu l’appelant au secours et
lui tendant une sorte de relique, tout en se faisant laminer par une forme étrange. Incapable de le sauver, Chloé et sa bande chercheront alors à élucider ce mystère qui les mèneront au
plus profond de la forêt de Broceliande (sérieux ?) où un énigmatique groupe cherche à rétablir un culte ancestral à base de sacrifice humain …


« Aidez-moi, on en veut à ma barbe !! »

Mouais. Autant dire tout de suite qu’au fil de leur « enquête », les jeunes héros traverseront une mer infinie de clichés sur les druides et leurs
rites. Bref, en une heure et demi, ça va parler de serpes, de guerriers, de recherches dans des bouquins d’histoire, de découvertes inattendues lors de fouilles … le tout dans la plus
charmante incrédulité. Mais bon, sur ce coup là, on ne pas tout mettre tout sur le dos de notre Doug national car les acteurs ne sont pas au rendez-vous pour… Mais attendez qu’est-ce que
je dis là ? Bien sûr qu’on peut l’incendier, car c’est quand même lui qui a accordé le premier rôle de son caca à Elsa Kikoïne !!
Bon, ce nom ne vous dit peut être rien mais si vous voyez ce film, vous ne pourrez plus l’oublier ! Car cette jeune fille, c’est celle qui incarne la serveuse suscitée. Imaginez donc
un instant que les trois-quarts des dialogue du film repose sur une actrice qui finit invariablement ses phrases par « euh » ou « hein », style poupouf de je ne sais
quel arrondissement classouillet de Paris. Allez, dans une boîte ça passe encore, mais dès lors qu’elle endosse son rôle de super détective, c’est à mourir de rire ! Et Elsa Kikoïne,
c’est aussi un physique inexpressif : le regard vide, la bouche ouverte et les joues gonflées, le tout enrobé d’un air capricieux pire que celui d’Audrey Tautou (faut le faire quand
même !!)
Et au bout de quelques tirades vous aurez tôt fait de comprendre que la donzelle en est d’autant plus inexpérimentée. C’est sûr que c’est pas ses apparitions dans quelques mélos bien
franchouillards ou ses participations à des séries oubliées tel que Baie Ouest qui l’auraient formé. Pourtant, elle aussi a un père dans le cinéma … Allez je balance (juste pour
le plaisir), il s’agit Gérard Kikoïne qui, dans les années 80, s’est illustré comme réalisateur de films pornos tel que BCBG mais salopes ou bien encore Bourgeoise et
Pute
 !!!!!!!!!
Hum … bon, revenons à nos moutons. Si on suit le fonctionnement de Doug, c’est donc dans la plus grande logique que l’on retrouve Mathieu Simonet comme interprète du petit ami de
l’héroïne. Là aussi, peut être que ça ne vous dit rien et pourtant, nous sommes probablement en présence de la pire tête à claque que l’humanité ait jamais porté. Physique de ministre,
voix deraillante et style pédant, on s’esclaffera avec plaisir de son style deminet bobo à défaut de pouvoir lui foutre notre point dans sa gueule…


« Et ouais, je suis peut être moche et con mais en tout cas, moi je me fais toutes les actrices principales de ce film de merde !! »

Certes, tout n’est pas noir et le reste du casting sait quand même faire son boulot malgré l’absence flagrante de direction d’acteur … Tiens, d’ailleurs
quand je dis que tout n’est pas noir, c’est même carrément l’inverse car ce n’est pas dans ce film qu’il faut espérer ne serait-ce qu’entrevoir une personne de couleur, même dans les
figurants. De là à en tirer certaines conclusions … Et vu qu’une idée en amène une autre qui en amène encore une autre (truc de ouf !), ben côté figurants, leur nombre ne doit pas
dépasser la trentaine. Ca fait super crédible lors des plans larges !!
Bref, Doug sait y faire pour saborder ses propres atmosphères, et la musique de son pote Sarry Long ainsi que la photographie type salle de bains années 70 lui rendent bien. Seul ombre
au tableau, la grosse bêbête, énième croisement d’Alien et de Predator s’en sort plutôt bien. Car grosse bêbête il y a ! Et oui, désolé de vous dévoiler le fond de l’intrigue mais
le but des sacrifices humains était en réalité de transformer un humain en super soldat trop méchant qui s’amusera à poursuivre de pauvres petits étudiants dans des galeries
souterraines inextricables (faut dire, ces cons passent au moins trois fois au même endroit !)


« Regardez, c’est avec cette technique ancestrale que les Celtes inventèrent les premiers Stabilo Boss ® »

Mais ce qui aurait alors dû être un final succinct s’allonge en une demi-heure et plombe malheureusement l’ébullition d’idées nanardes et ringardes qui
grouillaient durant la première heure. Dommage. Toutefois, on reste particulièrement ravi d’avoir enfin dégoté un véritable nanar fantastique français des années 2000, qui la plupart du
temps ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils annoncent. Il serait donc dommage de passer à côté de Broceliande , même si ce denier ne restera pas dans les esprits. Comme il est
dit à la fin du film : « Surtout, ne vous retournez pas. » Tu m’étonnes Doug ! Ton film, on l’aime bien mais on va peut être pas se le farcir deux fois !!

Salaryman

Réalisateur  : Doug Headline
Acteurs  : Elsa Kikoïne (Chloé), Cylia Malki (Iris), Alice Taglioni (Léa), Mathieu Simonet (Erwann)
Producteur  : Eric Névé
Musique  : Sarry Long

En bonus, je vous offre un diaporama dédié à Elsa Kikoïne et son talent :

« Ouais mon père il fait des films de boules, et alors ? »


« Mince, c’est où la page des livreurs de pizzas ? »


« Je vais tous vous butez avec ma paire de ciseaux !! »


Elsa Kikoïne dans sa fameuse imitation du mérou …


« Alors là Elsa, essaie d’avoir l’air concerné par ce que tu fais » (Doug
Headline)


« Maintenant, aie l’air effrayé … » (toujours Doug)


« Bon, et si t’essaie de t’énerver ça donne quoi … » (Doug, encore)


« Ah non, même avec notre effet de merde, t’as toujours l’air aussi conne ! » (Doug, enfin !!)


« Ouais mais regardez les mecs, moi j’ai vu Matrix. Ca change tout … non ? »

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1 thought on “Critique Nanar – Brocéliande”

  1. Génial !!

    Tres tres bon commentaire Monsieur Salaryman…

    Je n’ai pas vu ce film *malheureusement* mais cet article est fort bien écrit ! C’est digne d’un grand critique de nanard, documenté et vraiment fendard…

    Ca donne envie de louer ou acheter ce film (d’occasion) pour le mettra au panthéon.

    Merci pour ce moment de bonheur

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