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Analyse ciné : « Battle Royale » de Kinji Fukasaku (2000)

Kinji Fukasaku a expliqué qu’il voulait faire de la violence le personnage principal de son 60ème film. Le résultat est saisissant et marque les esprit tant par le scénario cauchemardesque – inspiré du livre éponyme- et le traitement réaliste de la violence, que par les questions qu’il soulève, qu’elles soient d’ordre éthique ou politique.

Le film se veut de prime-abord un violent réquisitoire contre la société moderne japonaise : déficit démocratique et dégradation de la représentation politique, déficit de communication inter et intra-générationnelle, délitement du système éducatif et relâchement du lien social, C’est cette violence généralisée et manifeste à tous les niveaux (politique, social et affectif) que dénonce Fukasaku.

Ce faisant, il va interroger des valeurs en perdition comme l’amour, l’amitié ou encore la solidarité. Le film est ainsi largement l’expression d’une histoire et d’une réflexion personnelle propre à Fukasaku, comme nous allons le voir, tant par les sentiments invoqués que par le traitement extrême de la violence.

Un déficit démocratique :
Le déficit démocratique est un mal qui ronge l’ensemble des sociétés démocratiques des pays industrialisés. Un des symptômes les plus flagrants est le taux d’abstention record. Il suffit de voir le bras de fer qui a récemment eu lieu en Iran lors des élections législatives : les « réformateurs » appelant au boycott du scrutin pour délégitimer des résultats manipulés par les fondamentalistes et connus à l’avance.

Le président Poutine exhorte, de même, les russes à aller voter : après d’habiles stratégies d’anéantissement systématique de toute forme d’opposition politique, il est en effet certain d’être réélu pour les prochaines élections présidentielles. Lui aussi est inquiet d’un taux d’abstention élevé synonyme d’une plus faible légitimité.

Mais cette crise touche également tous les autres pays du G8, considérés comme plus démocratiques. Et le Japon n’échappe pas à la règle, surtout depuis l‘éclatement de la bulle spéculative qui a frappé en 1990, entraînant le pays dans une crise économique sans précédent : effondrement du système bancaire, forte montée du taux de chômage (phénomène inconnu jusqu’alors), tensions concurrentielles exacerbées sur le marché du travail, hommes politiques décrédibilisés, mises à jour de collusions mafieuses…la liste est longue. Et c’est dans ce contexte que débute le film : taux de chômage de 15%, système éducatif en déliquescence et désenchantement de la jeunesse.

La dégradation de la représentation politique se manifeste par le vote de lois plus favorables à des intérêts partisans (lobbies, partis politiques) qu’à l’intérêt collectif. Ainsi la loi Battle Royale (BR) est la marque d’une idéologie qu’on peut qualifier de réactionnaire et totalitaire. Le gouvernement, avec l’appui de l’armée, envisage « de former une nation saine de corps et d’esprit » (Art. 1 de la BR).

L’armée prend en charge une partie du traitement du programme éducatif. On pourrait parler d’ailleurs plutôt de programme de rééducation de la jeunesse. La légalité et le caractère démocratique de la loi BR sont plus que douteux. Ainsi l’assassinat du professeur Hayashida est caractéristique de l’élimination d’intellectuels s’opposant à desgouvernements aux tendances dictatoriales. Un semblant de démocratie apparaît dans la loi : le choix annuel de la classe participant au jeu s’effectue par tirage au sort, sans distinction de classe, de religion, de sexe ou de condition sociale (Art. 2). De plus, des indemnités financières ont même été prévues pour dédommager les familles endeuillées (Art. 9). Le film interroge aussi la démocratie japonaise à travers le prisme des médias.

Il dénonce certaines de leurs dérives de fonctionnement dans les sociétés dites démocratiques. Ainsi lors de la scène d’exposition, une journaliste explique à ses téléspectateurs, mais aussi aux spectateurs du film ce qui s’est passé au cours du dernier jeu. Plusieurs hypothèses peuvent être évoquées pour l’interprétation.

C’est une chaîne privée simplement en quête de sensationnalisme, intéressée par l’audimat et les recettes publicitaires à l’instar de la plupart des chaînes commerciales au Japon, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis, qui privilégient une information-spectacle et une information superficielle montrant des faits ponctuels, sans les relier à d’autres, sans opérer une recontextualisation des événements qui permettrait de donner aux téléspectateurs une profondeur de vision et de réflexion. C’est aussi une dénonciation de l’émergence d’une nouvelle forme de télé-réalité.

Les programmes de télé-réalité dont en effet de plus en plus « hard ». Il faut trouver de nouvelles formules d’émissions toujours plus accrocheuses et surprenantes ; ce qui entraîne une surenchère douteuse des programmes. Rien n’exclut de penser que ce soit les militaires qui supervisent le « jeu » sur l’île (Cf. les nombreux passages dans la salle des opérations de surveillance et de contrôle) fournissent des images ou des enregistrements sonores des évènements intéressants. Ceci pourrait très bien servir, par exemple, une « pédagogie » gouvernementale bien élaborée.

C’est une chaîne publique, ou en tout cas une chaîne « aux ordres » d’un gouvernement intéressé par une couverture médiatique qui permet de faire connaître et accepter la loi BR au sein
de la population. On peut aussi noter avec un certain amusement la modernité de la stratégie de communication gouvernementale avec la mise en place d’un site Internet href= »http://www.BR.com »>www.BR.com et la conception de vidéos éducatives destinés au participants et dont le ton atteint un cynisme décapant et un humour noir irrésistible.

Dans tous les cas, cette chaîne de télévision sert les intérêts et favorise les manipulations d’un gouvernement autoritaire, elle n’offre en aucun cas une information valable.

Un jeu mortel :
Le film se déroule clairement comme un jeu. Le professeur Kitano rappelle à ses nouvelles recrues que « la vie est un jeu ». Ce discours est celui d’un homme devenu fou, d’un professeur frustré devenu bourreau. C’est un jeu avec ses participants, ses gagnants et ses perdants, ses récompenses (selon l’article 7 de la loi BR, le gagnant, qui a obtenu le statut de citoyen modèle, est en effet subventionné à vie par l’Etat, donc par l’ensemble de la population !) et bien sûr ses règles.

Le film fait de nombreuses références aux jeux vidéos. A la manière d’un jeu vidéo, le nombre de survivants apparaît à l’écran. Le spectateur est ainsi placé dans la position d’un joueur, mais d’un joueur passif qui n’a aucun contrôle des situations et qui ne peut par conséquent que subir l’action. Ce système ingénieux permet à la fois de présenter le film (tout au moins certaines séquences du film) comme un jeu vidéo et d’impliquer d’avantage le spectateur par un accroissement de charge émotive. De même, les lycéens deviennent des numéros.

Or l’anonymat est l’une des marques de tout système concentrationnaire. L’idée du collier espion – déjà utilisée dans Fortress par exemple- renforce également ce sentiment. Elle est aussi le symbole des dérives sécuritaires liées à la surveillance des citoyens. Si un système d’écoute institutionnalisé est nécessaire à la sécurité d’une nation, les dérives (écoutes illégales de journalistes, de politiques, d’ONG, de groupes d’intérêt, de citoyens…), corollaire inéluctable de ce système, représentent un danger pour le maintien d’un fonctionnement démocratique.

Beaucoup d’américains s’inquiètent ainsi de la disparition progressive des libertés individuelles dans leur pays, légalisée par le Patriot Act. Ces dérives sécuritaires sont plus inquiétantes encore lorsqu’elles concernent non plus des individus mais des institutions : on fait ici référence à la récente affaire de mise sur écoute par le gouvernement britannique du bureau de Kofi Annan
au siège de l’ONU.

Une société « totalitarisante »
le film metaphorise cette situation en nous montrant des collégiens, des amis, qui vont être obligés de s’entretuer. L’île est une représentation, miniature et exacerbée, de la société japonaise, avec ses règles impitoyables qui forcent les « habitants » à adopter un comportement concurrentiel et de survie.

Le discours officiel du gouvernement, repris par Kitano est significatif : le pays est foutu et les jeunes n’ont plus d’ambition, il faut donc retrouver un pays fier et puissant. A la critique d’une vision traditionaliste (culte de l’entreprise, emploi à vie, management paternaliste, soumission à l’autorité) et nationaliste d’un Japon impérial devant conserver son leadership en Asie, notamment par rapport à son principal concurrent stratégique qu’est la Chine, vient se greffer une critique plus générale d’un système néo-libéral qui a gagné le Japon.

Le film est en effet une cinglante attaque contre les excès d’un capitalisme, devenu hors de contrôle et aux accents ultra libéraux. Ces dérives sont symbolisées par :

Le culte de la performance, symbolisée par l’idéologie du « up or out ». Dans le monde de l’entreprise, en effet, l’intensification concurrentielle sur l’ensemble des marchés, la substitution de stratégie managériale de long terme par une quête de profits rapides pour les actionnaires, force les salariés a être toujours plus productifs.

Ce principe valable dans le monde de l’entreprise, mais qui tend a s’instituer comme norme sociale pour la vie de tous les jours. Ainsi la notion de productivité est sorti du cadre stricte de l’entreprise pour venir affecter des cercles de vie plus personnels comme le milieu familial ou le réseau des amis. Les rapports personnels tendent à une plus grande rationalisation et font
l’objet de calcul plus insidieux.

Le culte de l’individualisme. Ce qui importe c’est survivre dans un monde hostile et de plus en plus concurrentiel. Les élèves doivent mettre de coté
leur sentiments, doivent oublier leurs amis et leurs amours. Toute forme de solidarité est découragée dans le jeu BR. Il ne peut en effet y avoir qu’un seul survivant, sinon tous les colliers
explosent. L’individualisme est un des symptômes les plus visibles de la dégénérescence des sociétés industrielles et le Japon est sans doute l’un des pays les plus touchés de ce point de vue.

Il est d’ailleurs intéressant de voir comment réagissent individuellement les élèves face à cette situation. Plusieurs types de réactions, représentatifs des comportements sociaux, sont proposées par Fukasaku :

Le suicide, comme ultime recours pour échapper à une situation absurde. C’est le cas par exemple de Yoshimi et Kuramato. Le taux de suicide est important au Japon : les japonais sont en effet soumis à de fortes pressions culturelle et idéologique (code de l’honneur) caractérisées par le culte de la performance et du succès. La réduction de nombre de suicide est d’ailleurs l’une des priorités de la politique sociale des derniers gouvernements japonais.

Une stratégie solo : certains choisissent de se débrouiller seuls, ne faisant confiance à personne. Ils veulent à tout prix survivre et adopte une stratégie « furtive » caractérisée par la dissimulation et l’embuscade. D’autres utilisent au contraire la ruse et la traîtrise (Mitsuko). Certains encore n’ont pu supporter le choc émotionnel et se retrouve à errer seuls à moitié fou, avec peu de chance de survie. Enfin l’ajout par les autorités de deux « mercenaires » dans le jeu est une sécurité : ils permettent de s’assurer d’un comportement de survie des participants. Aucune de ces stratégies n’est récompensée dans le film, puisque Fukasaku privilégie des rapports amoureux ou de fraternité.

Une stratégie d’alliance objective : la formation de petits groupes pour augmenter les chances de survie à court-terme et trouver des informations pour se sortir de la situation. Cette stratégie est un échec pour le groupe décimé rapidement par Kiriyama Kazuo dès le début du jeu. L’alliance des filles sur le phare est tout aussi précaire, et l’arrivée d’un nouvel entrant dans le groupe va venir perturber l’équilibre précaire des rapports de confiance établis. Plus intéressante est l’alliance des « résistants » dont le leader est Shinji Mimura.

A la manière d’activistes, ils veulent s’en sortir en détruisant le système. Ils piratent le système informatique de contrôle du jeu et construisent des explosifs en vue d’une attaque de grande ampleur. Dans un entretien tiré des bonus du DVD, Fukasaku affirme qu’il a d’ailleurs lui même fait partie dans sa jeunesse, à la faculté, d’un groupe à tendance révolutionnaire et gauchiste (selon ses propres mots).

Ce groupe ne pratiquait cependant pas une stratégie de lutte armée, ce que regrette d’ailleurs Fukasaku qui a subi des tabassages policiers. Il ne rejette donc pas toute forme de violence dans la résolution de conflits, et notamment de conflits politiques.

Un regroupement par affinité : C’est les deux amies Kusaka et Yukiko, les deux pacifistes qui vont se faire massacrer de façon ignoble, montrant par là même qu’adopter une position pacifiste dans un contexte de conflit généralisé est dangereux. C’est aussi le couple Shuya/Noriko, par exemple. Ils ne veulent pas tuer, mais refuse de se laisser mourir. Le trio formé avec l’arrivée de Kawada veut signifier le combat de sentiments nobles tels que l’amour, l’amitié et la fraternité dans leur lutte contre la machine idéologique totalitaire.

Le film semble encourager de tels sentiments en montrant qu’il est possible de s’en sortir. La survie de Shuya et Noriko n’aurait cependant pas pu être possible sans le secours et le sacrifice de Kawada, hanté par la trahison de son ex amie trois ans auparavant lors d’un précédent jeu.

Le film oblige indiscutablement chaque spectateur à se demander ce qu’il ferait s’il était à la place des collégiens. Fukasaku recherchait d’ailleurs à obtenir un fort sentiment d’identification des spectateurs. C’est cet objectif qui a constamment dirigé ses exigences en matière de conduite d’acteur lors du tournage.

Un relâchement du lien social:
Le film dénonce aussi les ravages d’un conflit inter-générationnel, poussé en quelque sorte ici à son paroxysme.

La situation démographique du Japon est encore plus préoccupante que celle des autres pays industrialisés vieillissants. Elle est marquée par une pyramide des ages qui a tendance à s’inverser, une forte proportion de personnes âgées et un faible taux de natalité. Ce conflit inter-générationnel n’est pas marqué seulement par des conflits économiques (problème des retraites) ou sociaux (sclérose de la société, baisse de sa créativité et de son dynamisme) mais aussi par des problèmes de communication.

La société japonaise est très marquée par cette forte dichotomie générationnelle et le film nous en montre plusieurs aspects :

1. L’éclatement de la cellule familiale. Ce phénomène croissant est évoquée à travers la situation du personnage principal, Shuya dont la mère a quitté le foyer et dont le père s’est suicidé. La démission ou le découragement des parents est symbolisée par la lâcheté du père (Cf. le mot d’encouragement du père sur le papier toilette). De même, on devine que Kitano a abandonné sa femme et sa fille pour se consacrer à BR. A travers le coup de téléphone, on devine tout le mépris et le déception de sa fille. Juste avant de mourir, il dit à sa fille qu’il ne reviendra plus jamais à la maison. Le dernier geste de Kitano avant de mourir signifie qu’il ne regrette rien et « qu’il faut assumer jusqu’au bout ». Ce thème touche très certainement de façon personnelle le réalisateur et témoigne d’une relation conflictuelle et douloureuse avec son fils, qui a participé à l’élaboration du scénario. C’est son fils lui même qui évoque, toujours dans le making-of du film, avec pudeur ce conflit.

2. La constante opposition entre des adultes (professeur, militaires, journalistes) oppresseurs et des adolescents, victimes devant bourreaux par la force des choses. Une communication sincère et franche entre Kitano, amoureux de Noriko, et cette dernière ne peut avoir lieu que dans un « double rêve » qui permet enfin de les réunir et dans lequel ils peuvent enfin se parler. Le rêve, mais aussi le coup de fil de sa fille, vont modifier sensiblement le comportement du professeur qui viendra sauver Noriko. Cette rencontre ne peut cependant que se conclure par la mort du professeur.

3. Le délitement du système d’enseignement, symbole de la transmission des savoirs et du partage de valeurs culturelles communes. De ce point de vue, le personnage central est le professeur. Il passe d’une attitude passive et défensive (manque de réaction quand les élèves sèchent le cours, scène d’agression avec Nobu) à une attitude de bourreau.

Du statut de victime de l’agressivité d’élèves sans repères, il passe au statut d’ange exterminateur. il est en réalité coupable de renoncement et l’inertie de son comportement symbolise l’inertie d’un système qui utilise des moyens répressifs pour n’effacer seulement que les symptômes du mal profond qui ronge la société, plutôt que d’essayer de trouver des remèdes.

Le choix de Takeshi Kitano pour le rôle du professeur est clairvoyant. Fukasaku utilise à merveille les capacités de l’acteur dont le jeu est caractérisé principalement par le mutisme : visage fermé, absence d’émotions trop visibles, subtilité des expressions du visage, jeu du regard. Dans ses consignes d’acteurs, Fukasaku avait demandé à Kitano de jouer de manière naturelle et avait d’ailleurs écrit le scénario en passant à lui. L’implication de Kitano est poussée jusqu’à son exécution personnelle de la peinture qu’on voit dans le film.

A l’inverse, le jeu et les tensions affectives extrêmes qu’il crée chez les élèves vont servir de révélateur des sentiments et des pulsions (multiples déclarations d’amour, règlement de compte entre Hirono et Mitsuko, rencontre Nakagawa et Chigusa qui finit par le poignardé dans les parties génitales, nombreuses scènes de panique, de folie ou d’hystérie collective). Au mutisme de Kitano répond les manifestations violentes des élèves.

Le film traite aussi des problèmes de communication intra-générationnelle : les rapports sociaux sont en effet régis par un système historiquement et culturellement rigide.

Cette incommunicabilité des sentiments s’exprime de façon très belle par les phrases que prononcent les élèves avant de mourir et que seuls le spectateurs peut entendre, finalement. Elles sont en quelque sorte les prières posthumes des personnages. « Je voulais m’en sortir, c’est tout » est la première prière posthume, c’est celle de Mitsuko. Cela permet aussi de recadrer les liens affectifs spectateurs/personnages en montrant que tous les participants sont les jouets des adultes et de leur jeu. Le seconde prière posthume est celle de Kawada « Avant de mourir, je suis heureux d’avoir eu des amis ». Ces prières ont une fonction empathique certaine envers les spectateurs, mais elles résonnent aujourd’hui comme des prières posthumes de Fukasaku.

Ce qui touche dans le film, c’est aussi le sentiment d’être devant un film testamentaire dans lequel le réalisateur évoque ses angoisses, ses regrets et ses joies  de façon indirecte, avec beaucoup de pudeur et de retenue – contrastant ainsi avec la violence constante du film. Ces phrases posthumes ressemblent à des épitaphes qu’écrit Fukasaku lui même.

Le support n’est pas la tombe mais le film lui même car c’est le cinéma qui aura vraiment régit sa vie et canaliser ses passions et ses angoisses d’adolescent. Il confie, toujours dans le même entretien que son adolescence (jusqu’à l’année de ses quinze ans) a été particulièrement pénible pour lui.

Il a du en effet faire face aux horreur de la guerre. Hanté par des images de cadavres et de corps démembrés, il a su trouver un exutoire au travers d’une œuvre filmique qui en fait un des maîtres de la violence et des films d’action et qui a influencé fortement de grands cinéastes comme Woo ou Tarantino.

Les cartons, outre leur fonction narrative, sont une autre manifestation de l’implication personnelle de Fukasaku. Pour tous les cartons, une double interprétation est possible : soit ils sont la représentation de la difficulté de communiquer de ces élèves traumatisés, soit ils sont la manifestation de l’implication personnelle du réalisateur.

Le premier carton « au mon dieu laisse moi encore dire une chose » peut ainsi très bien être la prière de Chigusa, mais aussi celle de Fukasaku. Le deuxième carton « tu comprends pourquoi, toi ? » semble être la question que pose Shuya à Yuki.

C’est une façon pour Fukasaku d’interpeller et de faire réfléchir le spectateur devant l’absurdité de la violence. Le troisième carton « tu comprends pourquoi ? » semble être plus un interpellation de son personnage par le réalisateur, Shuya lui répondant qu’il ne comprend pas. Ainsi s’instaure un curieux et impossible dialogue entre le réalisateur, ses personnages et les spectateurs, tous mis en quelque sorte sur le même plan, leurs interrogations se répondant en échos.

Conclusion :
Shuya et Noriko refusaient toute violence, mais ils ont été contraints par les adultes de se défendre et de tuer. Ils sont ainsi devenu des hors-la-loi aux yeux du gouvernement. Le film montre ainsi comment un système répressif et violent engendre l’émergence de citoyens violents.

A la fin, Noriko va chercher le couteau de Nobu, signifiant ainsi qu’ils n’oublient pas leurs anciens camarades. A l’affirmation de la puissance de l’amitié, vient s’ajouter celle de la volonté farouche de ne pas oublier ce qui s’est passé.

Ils veulent s’en sortir à tout prix et n’hésiteront pas à faire acte de violence si nécessaire. Comme le dit Shuya : « maintenant chacun de nous porte une arme » et ils n’hésiterons pas à s’en servir, même si « c’est à contrecœur ».

Ils n’ont désormais plus le choix. Le dernier carton « cours » est une injonction directe et l’interpellation la plus manifeste du spectateur par Fukasaku. C’est un encouragement pour la jeunesse, mais aussi pour tous ceux qui sont victimes de répressions.

On a donc vu que si le film est porté par la critique virulente d’une société japonaise démocratiquement sclérosée, il l’est aussi par la charge émotionnelle personnelle qu’apporte l’auteur et qui donne une dimension supplémentaire au film.

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