Critiques

Critique nanar : « Catwoman » de Pitof (2003)

(Attention: un film dense et épileptique mérite une critique… dense et épileptique!)

Au tout début, après un générique pseudo-mystico-egypto-mythologique en 3D moche et ridicule, l’héroïne nous annonce: « tout a commencé le jour où je suis morte » sur fond de cadavre qui flotte, suivi d’un bla-bla pitoyable où la jeune femme fait sa martyre, genre artiste dans l’âme qui a raté sa vie puisqu’elle est dans la catégorie des losers – enfin en tout cas c’est à peu près ce qu’elle dit elle-même au début mais vu qu’elle a les traits de Halle Berry, ça n’est pas crédible pour un sou!

Non qu’elle est intrinsèquement mauvaise actrice puisqu’elle a prouvé le contraire dans d’autres films (surtout sa performance oscarisée dans À l’ombre de la haine) mais ébouriffer ses cheveux et « mal » la saper n’est pas suffisant pour la rendre « nullarde » ! Bref peu importe pourquoi, il y a quand même quelque chose qui coince déjà de façon indescriptiblement perceptible!

Mais revenons à nos moutons… enfin plutôt à notre (future) chatte! Patience (oui c’est son nom!… un peu prémonitoire quand on voit qu’il en faut pour digérer une telle daube filmique!), Patience donc (ça arrive!) travaille au département design d’un pseudo L’Oréal fictif dénommé Hedare, dont le fondateur-PDG éponyme, prénommé Georges, est magistralement (je rigole…) interprété par notre national de l’étape: Lambert Wilson.

Une sorte de méchant-un-peu-mais-pas-trop-quand-même top classe, du même acabit que celui qu’il a déjà joué outre-Atlantique dans les suites de Matrix – en résumé un rôle super mal écrit et insipide. Aux côtés de notre bellâtre frenchie , sa femme et désormais ex-égérie (c’est ce qu’on apprend dès le début), Laurel (non pas L’Oréal mais presque parce qu’elle le vaut bien !), la bitch de service, qui prend les traits très traités de Sharon Stone.

Quand je dis « traités » je parle évidemment des effets numériques et autres maquillages qui rendent son visage lisse comme la peau tendue d’un cul de bébé. D’ailleurs le film entier, par abus de retouches numériques, est lissé de toute part, créant un monde aseptisé et incohérent – même la boue a l’air propre! En fait Pitof a sans doute inventé un nouveau genre: le film lifté. Malheureusement la chirurgie esthétique n’est pas toujours (pas souvent ?) une réussite.

D’ailleurs, tiens, c’est là que s’inscrit l’inévitable intrigue comics à la mords-moi-l’nœud; la nouvelle crème de beauté que va lancer Hedare (baptisée Beau-Line) a des effets secondaires non souhaités: à terme, la peau de l’utilisatrice se dégrade si elle stoppe sa consommation. Là, on a le droit à une formidable (pré-)vision en 3D d’un Freddy* version féminine et au discours scandalisé du chercheur-employé .

Mais peu importe, c’est une source de fric donc la méchante Laurel (car c’est elle la vraie méchante, il faut saisir la « subtilité » à cet instant: Georges n’est qu’un mari macho – « évitez de penser, ne le faites plus, considérez cela comme la base de notre relation », dit-il à sa maîtresse et nouvelle égérie! –, un homme égocentrique et un patron arrogant, mais pas un vrai méchant; d’ailleurs il ne sait sûrement rien des effets secondaires de sa crème miracle! Oula, cette parenthèse est longue, il va falloir penser à la fermer…), la méchante Laurel donc, s’en contrefiche et veut poursuivre le lancement imminent de Beau-Line et ignorer l’ignominie.

Mais (tatatata!), Patience est là et a tout entendu! Mais pourquoi diable est-elle là dans les laboratoires-hangars-usines-on-ne-sait-quoi-encore , en pleine nuit?
Revenons un peu en arrière. Au début, Georges a grondé Patience parce qu’elle avait pas fait ce qu’il avait demandé pour les pubs (on passera sur l’incohérence temporelle qui fait finaliser une pub quelques jours seulement avant le lancement du produit) en déclarant (attention ça va casser !) : « je ne récompense pas l’incompétence », ce qui ne sera d’ailleurs pas le cas de ce film objectivement incompétent et donc justement récompensé aux fameux Razzies**.

Bref, sur demande étonnamment altruiste de Laurel (en fait c’est juste pour faire chier Georges), il lui donne un délai supplémentaire: jusqu’à minuit. Donc la voilà, notre petite Patience, qui se pointe en pleine nuit parce qu’il n’y a plus de coursier à cette heure-là. Pourquoi à l’usine et pas aux bureaux? Pourquoi y a-t-il Laurel et pas Georges qui est censé récupérer les croquis ?

Comment est-elle rentrée si facilement dans le labo ? Euh… vous voulez vraiment que j’essaie de trouver des réponses à ces questions stupides ? Bien sûr que non… De toute façon il n’y a aucune autre explication que la médiocrité du scénario, truffé de nombreux raccourcis pratiques! À ce moment du film, on n’en est encore qu’au début mais on ne compte déjà plus les incohérences tellement elles pleuvent à foison.

Fin du flash-back (du mien dans la critique je veux dire). Patience est donc là et, apeurée par cette vision d’horreur sur le grand écran (je parle de la simulation des effets pervers si vous ne me suivez plus !), elle renverse quelque chose. Bing, la voilà donc poursuivie par deux hommes de main. Signalons un plan formidable où, alors qu’elle se cache contre une pile de cartons, elle trahit sa présence à cause de son ombre projetée sur le mur d’en face: d’où vient la lumière ?!

Mystère et boule de gomme ! Quelques secondes après, dans sa tentative de fuite, elle se retrouve propulsée d’une énorme canalisation d’égout et meurt donc noyée dans la merde (qui, je le rappelle, est sans doute propre et sent très bon !). Ç’aurait donc pu se terminer ici, constituant ainsi un court métrage « tragique » inutile mais au moins ç’aurait été court! Mais non, Hollywood aime patauger dans sa merde aseptisée, donc des chats (à moitié en 3D ?) viennent la ressusciter ! OUAH !

Mais pourquoi donc, me demanderez-vous ? (Parce que le comment est insoluble donc s’il vous plaît, contentez-vous de me demander pourquoi un chat la ressuscite !) Alors là, un nouveau flash-back est nécessaire (pas dans le film, dans la critique). Un soir, chez elle, alors qu’elle se penche par la fenêtre, Patience aperçoit un chat inconnu qui semble être coincé dans un recoin de la paroi de l’immeuble.

N’écoutant que son courage inconscient, voilà qu’elle se met à faire de l’équilibre sur une mini-corniche pour tenter un sauvetage de chat, puis se retrouve en mauvaise posture au-dessus du vide lorsque le climatiseur*** sur lequel elle pose le pied s’effondre !

Oui, oui, c’est ridicule mais c’est pas grave parce que cet épisode incohérent (je suis désolé de répéter un peu trop ce mot mais il convient tellement au film que je ne peut m’en empêcher!) donne l’occasion à Patience de rencontrer Tom Loan, un policier au sourire Colgate et à la peau glabre et lustrée, style Ken (le mec de Barbie pas Ken le Survivant…), qui passait par hasard par là et a cru alors à une tentative de suicide. Le film nous offre bien sûr un sauvetage de dernière seconde impressionnant… d’incohérence (encore !).

S’ensuit un dialogue idiot pour que Patience lui explique qu’il ne s’agissait pas d’un suicide (« ça c’est vraiment quelque chose », conclut Tom dont le QI semble avoisiner celui d’un spermatozoïde de Van Damme) et pour qu’ils fassent un minimum connaissance. Mais, oh bon sang, elle doit aller au boulot, elle a un travail important à finir! (cf. plus haut) C’est alors qu’elle s’enfuit à toute jambe, laissant sa porte d’entrée grande ouverte et ce cher Tom éberlué dans le salon !

Comme elle laisse tomber son portefeuille le voilà qu’il se pointe peu de temps après à son bureau pour le lui ramener (il est fort ce Tom !) et lui demander explicitement d’aller boire un café ensemble le lendemain (il est vraiment très fort !), sous les yeux ébahis des deux collègues ignares de Patience: le pédé de service qui passe quasi inaperçu et la grosse laide extravagante accroc aux produits de beauté et aux mecs… qu’elle n’a pas. Bref, c’est donc une rencontre des plus romantiques qui intervient au moment où ce mystérieux chat fait lui aussi irruption dans la vie de Patience (chat qui avait disparu comme par enchantement après l’exploit de Tom).

Plus tard, on apprendra d’Ophelia Powers (la mère d’Austin ?), la proprio du chat (qui s’appelle Minuit), que Patience est devenue une femme-chat ! RE-OUAH ! (N’oublions surtout pas de signaler, dans cette même scène, le plan culte où Halle Berry sniffe de l’herbe à chat!) Minuit tient ses pouvoirs de la déesse égyptienne Bastet (d’où le générique !), a vu le destin de Patience et l’a testée pour vérifier si elle méritait d’être ultérieurement ressuscitée! Vraiment, on peut tout faire avec un scénario! Tout et surtout n’importe quoi. (La réplique d’Ophélia « les femmes-chats ne sont pas concernées par les règles de la société » rend les choses tellement plus faciles !)

Donc le chat lui a accordé une deuxième vie, une vie de femme-chat avec tous les attributs qui vont avec: une vision perçante et nocturne, une agilité hors du commun, un instinct félin et aguicheur, etc, etc. Voilà notre Patience transcendée… mais incapable de se souvenir ce qui lui est arrivé.

Comme par hasard sa mémoire fait défaut à partir du moment où elle est allée livrer son ouvrage. S’enchaîne donc toute une série de séquences où elle s’adapte progressivement à sa nouvelle vie et tente de faire surgir la vérité. Elle commence par mater ses bruyants voisins bikers-adeptes-de-Satan en se servant d’un jet de bière comme arme et du tuyau comme fouet! Ensuite elle endosse sa peau de chatte en chaleur en allant rejoindre son « sexy mais modeste mais tellement sexy inspecteur » (réplique de la collègue grosse qui, entre temps, a fait un malaise à cause de la crème Beau-Line qu’elle utilise) qui est en train de faire une leçon de morale « à l’américaine » (comprenez ce que vous voulez !) dans une école, dans la cour de laquelle on aura droit à l’une des séquences les plus ridicules et inutiles du film: un match de basket un-contre-un entre Tom et Patience, scène de drague décérébrée (citons une autre réplique culte de Tom: « vous n’avez pas l’air d’être une handicapée de la rigolade !») et vulgairement sexy, digne d’un clip R’n’B. D’ailleurs ce n’est malheureusement pas réservé à cette séquence puisque le film est saturé de ce genre de R’n’B nauséabond à base de « wohoho, nananana, héhé » et autres vocalises intellectuelles !

Quoi d’autre encore ? D’innombrables scènes où Patience se la joue maîtresse du SM, claquant son fouet à chaque changement de plan, comme dans la discothèque où de véritables stroboscopes viennent renforcer le montage de Sylvie Landra (monteuse de Luc Besson notamment) qui est lui-même extrêmement stroboscopique.

Ce montage haché et les incalculables mouvements de caméras font de Catwoman la chatte la plus épileptique du monde! Mais peu importe puisque Catwoman a plein de tours dans son sac, notamment la faculté de passer à travers les barreaux de sa cellule (un autre moment culte!) pour avoir le droit d’affronter en duel final la méchante Laurel dont on comprend alors le pseudo-super-pouvoir qui la caractérise (car n’oublions pas que c’est un comics , il faut bien qu’elle ait quelque chose d’extraordinaire !) :

à force d’utiliser Beau-Line, sa « peau est dure comme du marbre et on ne sent plus rien »! Là voilà donc qui ne bronche pas lorsqu’elle se reçoit des pains de Catwoman dans la gueule sur fond de « R’n’B et grosses guitares ». Bref un final de toute beauté ! (Quoi de plus normal pour un film lifté ?)

Bon sang, qu’aurais-je oublié d’essentiel ? Que le réalisateur Pitof a lui aussi eu deux vies mais que sa précédente était bien meilleure****.

Que Tom a sûrement un don d’ubiquité car il s’occupe comme par hasard de toutes les affaires directement ou indirectement liées à l’intrigue (c’est notamment clair dans la séquence du spectacle) et qu’il arrive donc sur les lieux avec une rapidité inhumaine. (Mais bon, c’est normal quand on y réfléchit bien car Beau-Line est un crème pour avoir la police***** !)

Que Catwoman a des pulsions inexpliquées qui lui font voler des bijoux – mais il fallait bien un prétexte supplémentaire pour que la police soit à ses trousses! Que l’identification de Catwoman par Tom à l’aide des empreintes de lèvres de Patience est d’une affligeante incohérence (tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas utilisé ce mot!).

Que son arrestation fait d’ailleurs dire à un collègue de Tom une autre perle du dialogue: « t’as peut-être perdu ta nana mais au moins t’as trouvé ton homme » !

Que la grosse moche finit le film avec son médecin sexy. Qu’on a une remarquable séquence d’analyse d’écriture qui pousse l’imbécillité de cette « méthode » à son comble. Que Catwoman a des répliques de dingue comme: « quand je pense que je t’ai fait confiance; tu es bidon! » Que Patience et Tom nous gratifient d’une séquence inutile de couple héroïque dans une fête foraine. Etc…

Bref, un navet extrêmement pathétique qui vaut son pesant de cacahuètes !

Raphoufoune

* Pour ceux qui ne cerneraient pas la référence, je parle du héros joué par Robert Englund dans la série de films d’horreur de Wes Craven : Les griffes de la nuit (1984) et ses suites. Renseignez-vous !…
** Razzies 2005 : lauréat du pire film, du pire réalisateur, de la pire actrice et du pire scénario ; également nommés pour le pire second rôle masculin, le pire second rôle féminin et le pire couple (« Halle Berry et soit Benjamin Pratt soit Sharon Stone »).
***Vous savez, le truc qui est apparent en-dehors des immeubles? Non, vous ne voyez pas ? Ben tant pis pour vous alors!
****Rappelons que Pitof était un peu le roi français des effets spéciaux au sein de Duboi avec de belles réussites visuelles comme La Cité des enfants perdus, mais qu’il a ensuite décidé de passer à la réalisation, nous livrant d’abord Vidocq (2001), visuellement expérimental et intéressant mais scénaristiquement idiot et commercial (du Jean-Christophe Grangé typique!), avant de commettre Catwoman.
*****ceux qui ne saisissent pas le jeu de mot, vous pouvez aller vous recoucher!

Réalisateur : Pitof
Avec Halle Berry, Benjamin Pratt, Sharon Stone, Lambert Wilson…
Scénario: Theresa Rebeck, John Brancato, Michael Ferris et John Rogers, d’après le personnage créé par Bob Kane
Photographie: Thierry Arbogast
Montage: Sylvie Landra
Musique originale: Klaus Badelt et, pour les morceaux R’n’B je crois, Blake Neely, Geoff Zanelli et Junkie XL

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