Cours de cinéma en ligne

[Cours en ligne] La mise en scène documentaire

On ne peut analyser un documentaire sans prendre en compte l’acte cinématographique, l’acte créatif. Il faut tenir compte du procès d’écriture.

 

La mise en scène documentaire

La première idée reçue est que la mise en scène est le privilège de la fiction, ce qui est faux.

La mise en scène c’est tout ce qui est placé devant la caméra, toutes les procédures de fabrication d’un discours. Ce serait dans la mise en scène qu’on peut déceler le geste artistique. C’est une notion qui tend à montrer tous les procédés de fabrication : dialogue, lumière, jeu d’acteurs, scénario. Beaucoup de choses échappent aux cinéastes documentaires, on ne peut pas contrôler le réel. La fiction n’a pas le monopole de la mise en scène.

 

Extrait : To Sang fotostudio[1],
Johan Van der Keuken. 1997.

C’est un hommage à la mise en scène photographique comme exercice de mise en scène.

On remarque l’autorité de To Sang pour la position des mains, de la tête. Il dirige la pose, il sait quel est la bonne photo.

Faire un portrait photographique c’est mettre en scène des gens : un couple de cinéastes filment un couple de photographes. Et en faisant  de ce couple de photographes, ils font aussi le portrait des gens qui viennent poser comme les commerçants proches du studio de To Sang. Chaque photo est précédée d’une présentation des gens qui vont se faire photographier, dans le calme de la boutique, avec un fond sonore. Cette introduction des personnages est un rituel discursif.

Il y a un écho entre le rituel du cinéaste (l’entretien) et le rituel du photographe.

 

Vivre avec les yeux, Ramon Gieling.

C’est le making of du film de Van der Keuken. On voit le casting des commerçants qui vont passer par le studio et l’idée de faire le portrait d’une rue d’amsterdam.

Le film de Keuken est donc un film à dispositif c’est-à-dire que c’est un principe d’organisation du tournage et un principe de composition du discours. Le dispositif de Keuken est d’aller voir les commerçants dans une rue et de leur demander de faire la même chose. Dans le film de Gieling, on prend conscience de la direction d’acteur faite par Keuken (prises multiples).

 

Il faut toujours mettre le pluriel quand on parle du cinéma documentaire car il comprend beaucoup de démarches différentes.

 

On trouve donc ici la notion de direction d’acteur documentaire : jeu d’acteur, indications précises. Keuken dirige le photographe qui, lui-même, dirige les commerçants ce qui donne une mise en abîme.

Cadrer, éclairer, diriger les acteurs, il y a un scénario documentaire à la base de ce projet. Un intervenant dit que ce sont de très bonnes conditions de tournage, en effet, il est rare de pouvoir autant contrôler. Ce que fait Van der Keuken avec beaucoup d’autorité.

Le film documentaire ici est donc un portrait d’une rue à partir d’une démarche de mise en scène.


ANNEXE 1

 Johan van der Keuken (1938-2001)


Johan van der Keuken se lance dans l’expérience photographique dès l’âge de douze ans. Son premier recueil de photos, Wij zijn 17 (Nous avons dix-sept ans), paraît cinq ans plus tard en 1955. Il suit alors les cours de l’IDHEC à Paris, puis réalise ses premiers films. A la même époque, divers magazines néerlandais publient ses premiers textes sur la photographie et le cinéma. A partir de 1977, il signe une chronique intitulée ‘Uit de wereld van een kleine zelfstandige‘ (Du monde d’un petit entrepreneur) dans la revue cinématographique Skrien. Outre de très nombreux films, Van der Keuken a réalisé divers recueils de photos, des installations et des expositions et a donné des séminaires dans de nombreuses écoles cinématographiques en Europe et aux Etats-Unis.

(Sauf mention contraire, Johan van der Keuken est le cameraman de tous ses propres films.)

 

Sources : http://www.johanvanderkeuken.com/

Autres : http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/LAFOSSE/15795

Sur To Sang Fotostudio

Les écritures cinématographiques les plus créatives envoient valser les étiquettes entre fiction et documentaire et montrent que le réel, pour le moins, est interprété.

Dans son film "To Sang Fotostudio", Johan Van Der Keuken imagine six façons de traverser la rue Albert-Cuyp, à Amsterdam. Le cinéaste hollandais, devenu un mythe vivant, qui revendique l’influence d’Alfred Hitchkock, d’Alain Resnais, a imaginé que six personnages Ä voyagiste du Surinam, bijoutière chinoise, coiffeur surinamo-hollandais, restaurateur kurde, vendeuse pakistanaise de soieries, épicières hollandaises Ä traversent la rue pour se faire tirer le portrait par le photographe chinois M. To Sang. Le "making off" du film révèle que pour faire son documentaire, le cinéaste, ici, installe le fonctionnement d’une fiction. L’unité de lieu est inventée, plusieurs prises sont parfois requises. Le réel est réassemblé selon la logique du cinéaste. On prend conscience de ce que l’idée du vrai est fragile, discutable.

 



[1] Cf. annexe 1.

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