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Confinement, un Journal | Jour 23 : L’interrogatoire

Où je découvre qu’en plein confinement, les chats du jardin ont mis en place leur petit trafic de croquettes, compromettant grandement le régime alimentaire de Tofu.

Après enquête, j’arrive à interpeller ce dernier en flagrant délit ; maintenant, place à l’interrogatoire.

Après avoir payé Lemmy, reparti vers son enclos avec son comptant de carottes, je devine que le dialogue avec Tofu s’avérera compliqué. Première chose à faire : le confiner ; et ne disposant pas de menottes adaptés aux chats, il va me falloir trouver une autre solution.

Le tenant fermement sous mon bras pour éviter qu’il ne s’échappe, je repense à la méthode utilisée par la maîtresse de son cousin Benvenuto en cas extrème. Et de mémoire, je crois avoir ce qu’il me faut quelque part.

D’une main peu assurée, j’arrive à ouvrir le tiroir du bas de la commode de la cuisine, celui-là même qui me sert à entreposer mes piles usées, des bougies entamées, une collection de coquillages ramassés sur la plage, un assemblage de câbles ayant traversé les époques, et de nombreuses autres surprises que Futur-Jal devra gérer le jour de son déménagement. Malgré le fatras, j’arrive assez vite à en extraire ce que je recherchais : un harnais à félin. 

J’avoue que je n’en ai pas fait moi-même l’achat ni eu l’usage tout court de l’objet. Le fait est que, ayant hébergé de nombreux chats au fil des années, leurs propriétaires m’ont octroyé à chaque fois la panoplie complète de l’arrivant ; je me trouve ainsi pourvu de trois boîtes de transport, deux litières, quatre pelles à crottes, une multitude de jouets en plastique, un truc en carton pour qu’il fassent leurs griffes, une dizaine de bols, un plaid et le harnais en question.

Je réussis tant bien que mal à l’installer sur Tofu qui, par chance, se débat assez peu. Une fois l’outil en place, je peux lâcher le fauve sans craintes. 

Comme prévu, sa première réaction est de fuir à toute vitesse, mais le harnais se rappelle alors à son bon souvenir, magie, ses mouvements se font tout de suite moins souples. La seule présence de l’accessoire sur son corps suffit à lui faire perdre ses super-pouvoirs de chats alors qu’il n’est même pas attaché.

Ainsi contenu, je le posai sur une chaise en face de moi. C’était le moment de faire tomber ce réseau anti-fitness.

Transcription de l’interrogatoire du dénommé Tofu Manulsohn par Jal, enquêteur certifié de l’Amazing Bicoque.

Mardi 7 avril 2020 à 19h35

JAL :

Très bien Tofu, je ne vais pas y aller par quatre chemins : on t’a pris en train de récupérer un sac de croquettes illégales plus tôt dans la journée. Etait-ce bien Praline avec qui tu étais en contact ?

TOFU :

Je ne vous dirai rien, pourriture oppressive. (La réponse est suivi d’un vague feulement.)

JAL :

Ne joue pas au plus malin avec moi, Tofu. S’il y a bien quelqu’un qui n‘en est pas capable ici, c’est toi. (Silence) 
Je reprends : tu as donc pris contact avec la dénommée Praline pour l’échange de croquettes de contrebande. (Silence encore) 
As-tu au moins vérifié que ces dernières correspondaient bien à ta physiologie ? Tu n’es plus un chat de moins de dix ans, tu joues avec ta vie comme s’il n’y avait pas de lendemain, Tofu ! Que vais-je dire à ton père s’il t’arrive quelque chose ?

TOFU :

Mon père m’a abandonné, tu es le premier à le savoir. Il a préféré son petit confort à ses responsabilités. Je ne suis pour lui qu’une obligation morale qu’il fait passer “de résidences précaires en colocations sordides”, comme tu l’as écrit toi-même. Alors ne viens pas me bassiner les poils avec ce hipster moustachu ! 

JAL :

Arrête, il paye sa pension alimentaire comme un honnête homme, et like les photos de toi sur les réseaux, avec un cœur même… Donc, ne griffe pas la main qui tend les croquettes.

TOFU :

Des croquettes, c’est des croquettes, “Enquêteur” (on note ici un ton clairement ironique sur l’utilisation de ce dernier mot). Qu’importe ce qu’il y a dedans, tant que le goût y est. Tu ne faisais pas tant de manières quand tu te faisais livrer tes pizzas, “Monsieur Régime” (encore un ton ironique).

JAL :

Voilà des semaines que cela n’est plus arrivé. Et au moins, je fais cela avec mon argent (je suis vexé mais essaye de ne pas le montrer).

TOFU :

Si tu en avais plus, de l’argent, je suis sûr que ça ne te dérangerait pas trop de faire courir ces livreurs à travers la ville. Ils ne sont pas des travailleurs essentiels en ce moment pour toi ? Et quand tu vas acheter tes graines de chia bio, ça ne te dérange pas trop non plus ?

JAL :

C’est moi qui pose les questions ici, Manulsohn !

TOFU (Continue en mode osef-vénère)

Ce régime tombe à pic n’est-ce pas ? On a du temps, on espère faire le beau gosse et des économies à la sortie du confinement ? 

JAL :

Ça suffit ! (Silence gênant). 

TOFU :

Fais ton régime si ça te chante, ça m’en touche une que je n’ai plus sans faire bouger l’autre, qui manque aussi.

JAL :

De toutes façons, ta culpabilité est actée, tout comme la responsabilité de Praline. J’irai prévenir les voisins, je pense que ses petites libertés vont se restreindre, à cette sauvageonne. (Silence) Reste la question : avec quoi payais-tu ces croquettes ? 

TOFU :

Tu ne pourrais pas comprendre.

JAL :

Allez, bala

TOFU :

Cela est hors de ta sphère de compréhension d’oppresseur capitaliste.

JAL :

Tu ne vas pas me jouer le morceau du sale coco. Tes idées politiques se sont toujours arrêtées au bout de tes moustaches. 
Gros Chat Gris, malgré son côté nihiliste, je voudrais bien y croire ; Lemmy est juste un enragé qui se croit de gauche en reproduisant les schémas du système. 
Mais toi, une conscience politique ? Tu es juste allé voter aux municipales pour pouvoir te balader !

TOFU :

Je suis allé voter écologiste !

JAL :

Des écologistes partisans de l’Union Européenne ! Tu te fiches de qui, Môssieur le Néo-Gauchiste ? Et c’est en foutant en l’air ton régime et en faisant vivre le commerce illégal que tu vas changer le monde ? Tu me fais rire…

TOFU :

Oh, mais crois-moi, toute cette histoire dépasse largement le cadre de l’Amazing Bicoque, et même les élections municipales. Pendant que tu restais le nez dans ton clavier à imaginer tes aventures débiles, le monde, lui, n’a pas arrêté de tourner. Il est déjà trop tard.

JAL :

Il n’est jamais trop tard pour un câlin,Tofu

TOFU :

Awwww.

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A suivre – Jour 24 : Praline

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